Desperate Expat

Londres, Tokyo, et Singapour, depuis plus de 5 ans...

08 janvier 2014

Alain Resnais, French bashing et My hairdresser is rich - vignettes d'une impatriation

Je m'y etais engagee, je tiens mes promesses : faire la chronique de mon impatriation, dans ce pays qui apparemment ejecte ses talents a coup de hausses d'impots et de morosite. Je lis ici et la pas mal de billets d'impatries malheureux, en pleine introspection et regrettant leur retour... Moi je n'ai pas envie d'aller me triturer les meninges pour savoir si oui ou non j'ai pris une bonne decision : le triturage a eu lieu avant, il a abouti, maintenant j'y vais ! Et puis de toute facon j'ai un parti pris maintenant : du coup je suis de toute facon beaucoup plus sensible aux signes positifs qu'aux negatifs... mais des signes negatifs il y en a, je ne vais pas vous les cacher. Partons de ce qui est, du factuel, du verifie, de l'anecdotique peut etre, dont je vous laisse juge s'il faut generaliser ou pas.

Alain Resnais, mon amour

Vous n'avez encore rien vu : Photo Pierre Arditi, Sabine Azéma

Dans l'avion qui me ramenait d'Hanoi a Singapour le 31 Decembre dernier, avion Singapore Airlines, hyper confortable et certainement destine a poursuivre sa route sur Paris, je profite

de l'immense selection de films francais disponible sur un ecran personnel de bonne taille. Je me lance sur "Vous n'avez encore rien vu", film d'Alain Resnais avec une pleiade d'acteurs, Azema, Podalydes, Arditi, Picoli... Ce genre de film n'atteint pas les salles obscures de Singapour, meme a l'Alliance Francaise, et autant vous dire qu'il n'attire pas les pirates digitaux : l'aubaine pour ces 3h d'avion. Une adaptation de deux pieces de Jean Anhouil, Eurydice et Mon cher Antoine, une piece filmee dans le film, sous differents angles, differentes interpretations. Un bonheur auditif et visuel, une plongee dans l'irrealite theatrale, un plan macro sur le travail de comedien et de metteur en scene... Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas pris un plaisir aussi intense a regarder un film d'auteur... mes annees d'etudiante me reviennent en memoire, quand sur les bancs de l'amphi le mercredi matin j'etais plus occupee a stabiloter les pages du Pariscope de mes prochaines seances de cine que d'ecouter un haut fonctionnaire nous instruire sur les arcanes des Finances Publiques. Certes, ces oeuvres sont toujours accessibles ou que l'on soit dans le monde, merci la FNAC ou Amazon - mais il faut attendre leur sortie, se tenir informe et garder en memoire que dans quelques mois ils seront (peut etre) disponibles en DVD...Decidement, rien ne vaut une bonne seance de cine dans le quartier latin, et je percois de surcroit que la quarantaine approche a grand pas : je me languis de ne pas pouvoir aller plus au theatre. C'est decide, au retour a Paris j'irai autant que je le peux au theatre.

 

French Bashing


A la veille de mon depart pour 2 semaines de prospection d'emploi, une amie m'envoie un article que vous avez certainement lu, The Fall of France. Symbole du French bashing, pratique anglo-saxonne destinee a descendre en fleche la politique sociale, fiscale et economique actuelle, cet article est truffe d'inexactitudes qui decridibilisent totalement son auteur et le point de vue developpe. L'analogie a la fuite des Hugenots me laisse sans voix : ces gens la etaient massacres par les catholiques, sombre page de l'histoire de France, ils n'avaient pas d'autre choix que de partir. D'apres mon amie, la journaliste, une de ses amies, souhaite quitter la France : il faut etre bien superficiel pour assimiler une menace de perte de revenu disponible a une menace physique d'extermination. Qu'elle parte a Singapour ou aux US : ce qu'elle recuperera en impots moindres, elle le perdra bien vite en assurances sante et frais scolaires exhorbitants. En contrepoint du French Bashing d'autres journalistes americains savent remettre les choses dans leur contexte et pointent le point de desaccord ideologique, veritable origine de ce dechainement des medias anglo-saxons. Nous Francais entendons maintenir une couverture des risques sociaux mutualisee, collective, quand le reste du monde laisserait a chaque individu le soin de s'organiser. Pari audacieux, ou necessite sociale ? Pour avoir experimente le systeme individualiste, je sais qu'il est beaucoup plus complexe a mettre en place... et couteux d'une toute autre maniere que la CSG ou les impots. Il tient a mon sens jusqu'a ce qu'une maladie ou un accident de la vie grave se pointe... Cooperer, quitte a y perdre une gratification immediate, ou organiser sa propre survie, quitte a prendre un risque de ne pas etre couvert de facon adequate le moment venu? Aucun systeme n'est parfait, mais il me semble qu'il y en a un qui apporte plus de garanties que d'autres...

Minutage

De mon atterissage sur le tarmac hier matin a Charles de Gaulle jusqu'a la recuperation de mon bagage, il s'est passe exactement 35 minutes. Mis a part quelques travaux de renovation des l'entree dans le terminal, les lieux sont propres. Certes ce n'est pas le clinquant de Changi, mais les choses sont ameliorees. Les portillons automatiques de douanes marchent a merveille avec mon passeport tout neuf - je n'ai meme pas besoin d'adresser la parole a un agent de douanes. Voila qui evite la possibilite de se sentir mal accueilli. Je renonce a prendre un taxi : la derniere fois il m'en a coute 70 euros : direction le RER, 10 euros le billet. Train neuf, espace pour mon gros bagage - ma seule crainte est de voir le train se remplir a ras bord tres vite... mais il est deja 8h30 et les hordes de l'heure de pointe sont peut etre deja rentrees dans Paris, le train reste tres vivable jusqu'a Gare Du Nord. 9h15 Luxembourg, 9h30 Nespresso avec mes parents. 2h porte a porte entre le tarmac et le centre de Paris, not too bad.

My hairdresser is rich

Premier jour de mon sejour parisien, je passe devant mon coiffeur : Alma, ma coiffeuse preferee est encore la, il n'y a qu'avec elle que je suis en confiance totale pour une coupe precise et stylee. Je rentre, elle me reconnait et par chance elle peut me prendre. Petite heure delicieuse a se raconter nos vies depuis mon dernier passage entre ses ciseaux. Meme si je risque fort de ne pas habiter dans ce quartier, je m'organiserai pour revenir la voir regulierement. Contente de ma coupe, je passe en caisse tandis qu'Alma passe a un autre client et me confie a sa collegue. Ouch, 61 euros - l'augmentation en 5 ans est rude. Alors que je tends ma CB, je laisse echapper ma surprise, en souriant. Dialogue:

La collegue, sechement: "Et oui ce sont les prix du quartier."

Moi : "Arf, ll faut que je me rehabitue, a Singapour je vais me faire coiffer dans un quartier populaire" (NDLR et encore Bishan, n'est pas si popu, mais la coupe y est 4 fois moins cher!)

La collegue, encore plus sechement : "Il y a aussi des quartiers populaires a Paris"

Moi : ....

Ben non, sur le moment, avec le jetlag, je n'ai pas eu de repartie... quel dommage ! Franchement je ne comprend pas comment un commercant peut signifier aussi clairement a une cliente que son business n'est pas le bienvenu... Et si encore j'avais ete habillee comme une pouilleuse, peut etre comprendrais- je son souhait de ne pas melanger les torchons et le serviettes. Ou bien un imper Burberry et un sac Vuitton ne sont pas suffisants ?!

 

 

 

Posté par FloaSingapour à 17:36 - Le retour - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Alain Resnais, French bashing et My hairdresser is rich - vignettes d'une impatriation

    Amusant! Je vais bien la suivre ta chronique d'impatriation, même si il n'y a pratiquement aucune chance que je déménage en France.

    Les quelques impatriés de longue date (10-20 ans qu'ils étaient rentrés) que j'ai eus l'occasion de rencontrer disaient à peu près tous qu'ils ne regrettaient pas d'être rentrés, mais qu'ils regrettaient le pays où ils avaient été expatriés pendant un moment. Peut-être que quoiqu'on fasse, du moment où on s'expatrie un jour, on regrettera souvent une partie de ce qu'on a laissé derrière. Qu'on revienne ou non. Et dans un sens, ça n'a rien de surprenant. Mais bon, ça doit dépendre des personnalités de chacun aussi.

    Posté par Cable, 09 janvier 2014 à 18:58 | | Répondre
  • Complètement dégoûtée (mais pas vraiment surprise) par les commentaires de la coiffeuse…A se demander comment sont traitées les clientes qui ne sont pas vêtues d'un imper Burberry et qui n'ont pas un Louis Vuitton au bras.

    J'espère que la gérante ou la propriétaire du salon saura remettre son employée à sa place.

    Posté par Laurence Genève, 15 janvier 2014 à 04:52 | | Répondre
  • J'ai l'impression que cette histoire de coiffeuse est simplement une question d'interprétation ! Le 5ème (ou 6ème?) est tout sauf un quartier populaire, on est d'accord? Donc si vous vous faites coiffer dans un quartier populaire d'habitude, il semble difficile de comparer les prix : pays différent + quartier différent. Je n'ai pas l'impression qu'avec cette remarque, la coiffeuse vous invite à changer de salon, elle signifie simplement que vous pourriez trouver moins cher ici aussi... dans un quartier populaire Je ne crois pas que votre tenue estampillée luxe (ou non) est donc un lien.
    Ou alors, cela fait trop longtemps que j'ai quitté Paris (et la France) et je ne la décode plus !
    Bonne impatriation, je crois que vous n'êtes pas au bout de vos surprises

    Posté par LN, 19 janvier 2014 à 17:56 | | Répondre
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